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Les maux dans les mots

La chose

19 Octobre 2012 , Rédigé par Cheuret clément Publié dans #nouvelle

Petite nouvelle écrite rapidement un jour dans un train.

(Nouvelle lauréate du concours Neussard 2013)

Je m'arrête, le souffle court, les jambes tremblantes.

Je regarde derrière moi : rien !

J'ai, semble-t-il, gagné quelques minutes de répit ... mais pas question de m'effondrer maintenant, j'ouvre le sac se trouvant quelques instants plus tôt sur mes épaules et en sors une bouteille d'un mélange à la couleur douteuse mais qui -m'avait assuré la vieille dame pas très nette qui me l'avait échangé contre une poignée de mes cheveux- me redonnerait de l'énergie dans les moments difficiles. J’ôte donc son bouchon et porte le breuvage à mes lèvres.

Mais avant même d'en avoir bu une gorgée, le bruit sourd de ses pattes frottants le mur d'une maison voisine se fait entendre.

Elle est là ! Elle m'a rattrapée !

Les battements de mon cœur prennent un rythme infernal, l'angoisse monte, la paralysie s'empare de moi ... est-ce donc ainsi que je vais périr ? Emporté sous les coups de cette ignominie ? Non ! Il n'en est pas question, il faut se battre !

Je reprend ma course là ou je l'avais laissée, chacune de mes enjambées me faisant prendre de la vitesse. Le vent glisse sur mon visage, redonnant quelques couleurs à mes joues livides.

Un virage.

Non ! Une impasse !

Vite, marche-arrière.

Essayons à gauche cette fois-ci.

Un bruit, qu'est-ce ? Ce ne peut pas être elle, pas déjà !

Prenant le risque de me retourner, je jette un coup d’œil par dessus mon épaule.

Elle n'est pas là.

Mon regard se tourne de nouveau vers la route ... mais il est trop tard : je ne parviens à éviter la plaque de verglas que la fatalité semble avoir placer avec un malin plaisir sur mon chemin.

Je glisse et m'effondre.

Un craquement sonore m'annonce, que s'en est finit de ma cheville.

Je tente tout de même de me relever mais retombe en poussant un cri de souffrance, cri couvert par l'effroyable hurlement qu'elle poussa en même temps que j'exprimais ma douleur.

Merde, elle est proche !

Que faire ?

Je décroche mon sac et le laisse à l'endroit de ma chute : il ne ferait que m'encombrer inutilement.

J'opte à nouveau pour une position debout -bien plus digne que celle dans laquelle je me trouvais quelque instant plus tôt- en veillant à ne pas appuyer sur ma cheville défaillante.

Je repars, traînant ce morceau de chair me servant habituellement à marcher mais désormais devenu inutile.

Malgré la douleur, je dois continuer ou je perdrais plus qu'un morceau d'os enveloppé de muscle.

Le bruit de patte se fait plus pressant derrière moi, je devine qu'elle accélère, sentant sa proie proche.

Plutôt mourir que de finir entre ses dents ... même s'il est vrai que le résultat serait le même.

Je n'ai aucune chance de la distancer en vitesse avec ma blessure, il faut ruser !

Je me dirige vers la maison la plus proche et tente d'ouvrir la porte ... verrouillée !

Pas le temps de s'énerver.

Je passe à la porte suivante, celle d'après, encore, encore ...

Enfin, l'une d'elle s'ouvre, je m'engouffre sans plus attendre dans ce qui semble être l'entrée d'un complexe industriel.

Il fait noir.

Elle voit sûrement dans le noir.

J'ai peur.

La sueur dégouline le long de mon dos, mon haut est trempé.

Elle va m'avoir, elle m'esclavagera un petit moment, puis après avoir jouer tout son soûl avec son nouvel objet, elle en finira avec moi.

Ne pas se laisser aller, un objectif à la fois !

Une source de lumière ... voila, il faut que je trouve une lampe !

Ma main tâtonne sur le mur à la recherche d'un interrupteur.

En moins de quelques secondes, j'en trouve un. La fatalité semble vouloir se faire pardonner sa bévue avec la plaque de verglas. "Merci, mais je t'en veux toujours !"

Je presse le bouton ... rien ... je panique : me voila piégé dans l'obscurité ... ah non, c'est bon, la lumière arrive et dévoile un paysage pour le moins burlesque dans ma situation : le sol est jonché de vêtement en boule, de magazines de voiture ou encore de feuilles remplit de formules scientifiques. Un lit sur le coté, un bureau dans un coin, je semble être entré dans une reconstitution de chambre d'adolescent.

Drôle d'entreprise, mais bon après tout, si leur business marche, pourquoi pas ?

Le bruit d'une porte qu'on enfonce.

L'instant de joyeux égarement ressentit tantôt s'en va aussi vite qu'il était venu.

La peur me prend à nouveau aux tripes.

Me voila acculé.

Vite, je pousse le lit devant la porte dans l'espoir insensé de ralentir un peu la bête.

Clopin-clopant, je me dirige vers le fond de la pièce donnant sur une porte.

Vite, accélérez jambes !

Plus vite !

Enfin j'y suis.

Je tourne la poignée, elle résiste, j'insiste, elle résiste de plus belle, avec toute l’énergie d'un condamné je m'acharne, elle daigne finalement tourner, émettant au passage un grincement sourd pour me faire part de son mécontentement.

Me voila sur un palier.

Trois directions.

Laquelle choisir ?

Une porte s'effondre, elle est entrée !

Je m'engouffre par l'ouverture me faisant face.

Mauvaise idée, me voila dans un placard à balais.

Je me tourne cherchant à fuir.

Trop tard ... elle est là !

Elle me fait face.

Elle semble en colère, très en colère.

D'un mouvement rageur elle essuie la bave dégoulinant le long de son visage.

Elle se rapproche, me dominant de toute sa taille et de tous ces poils.

Ses deux yeux globuleux lancent des éclairs.

Son visage se fend d'un sourire démoniaque dominé par de longues dents acérées.

L'atmosphère se charge d'effroi et des effluves nauséabondes se dégagent de son corps.

Je sens ma fin proche.

Ma vie défile devant mes yeux : je me vois petit, jouant à saute-mouton ... puis à dix ans, ouvrant mes cadeaux d'anniversaires ... mon premier amour est là, mon meilleur ami aussi ...

Une dernière fois j'aspire à pleins poumons l'air de cette bonne vieille terre qui m'a accueillit pendant tant d'année, puis résigné, je plante mon regard dans celui de la bête et lui lance d'une voix pleine d'un défi inutile :

"Va crever sale monstre, jamais je ne me soumettrais"

Ce dernier me répond d'une voix glaciale et caverneuse :

"Dis donc jeune homme, en voila des façons de parler à ta mère !"

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CIndy 16/12/2012 15:56

waouh! c'est très beau :)

Clem 19/12/2012 09:50

:) merci