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Les maux dans les mots

Promenade de santé des démons enneigés

19 Avril 2013 , Rédigé par Cheuret Clément Publié dans #poésie

Jean pax Méfret :

''Etudiants, ouvriers, artistes

Ecrivains, savants, paysans

Ils sont tous sur la même liste,

Jetés aux frontières du néant''

Ils étaient vingt, seuls face aux assassins,

Pas tout à fait entier et pour certains bien édentés,

Ils n'étaient plus que dix-neuf, arrêtés pour avoir philosophé la poule et l’œuf,

Ni mort ni vivant, ils n'en marchaient pas moins autant,

Ils n'étaient plus que dix-huit, les jambes en loque la cervelle cuite,

En voilà un qui tombe, un corps de plus dans la combe,

Ils n'étaient plus que dix-sept, se crevant tel des bêtes,

Un autre s'écroule et prie, c'est aujourd'hui que se finit sa vie,

Ils n'étaient plus que seize, tous marqué à la braise,

Marche forcée à travers plaine, bourbier béant à grande bedaine,

Ils n'étaient plus que quinze, glissant dans cette fosse pleine de glaise,

Exténué éreinté, mort à la clé de ce cortège émasculé,

Ils n'étaient plus que quatorze, peinant dans l'atmosphère de malaise,

Gelées étaient leurs mains usées, de cœur étaient tous leurs geôliers privés,

Ils n'étaient plus que treize, considérés comme des foutaises,

Le sang ruisselait de toutes leurs veines, laissant la terre se gaver de cette aubaine,

Ils n'étaient plus que douze, fantômes humains tachés de bouse,

La neige tombée s'amoncelait, le cuir s'usait sous leurs souliers,

Ils n'étaient plus que onze, calme et silencieux comme des bonzes,

Moins de souper plus de fatigue, ainsi allait la triste intrigue,

Ils n'étaient plus que dix, luttant contre l'abysse,

Des chaînes aux pieds des cordes au cou, rien de tel pour des bijoux,

Ils n'étaient plus que neuf, luttant contre le bœuf,

Leurs compagnons tombés, dans le néant ils cheminaient,

Ils n'étaient plus que huit, luttant contre la fuite,

Peu de regret beaucoup de haine, même le ciel se gaussait de cette peine,

Ils n'étaient plus que sept, luttant contre la baïonnette,

Au loin montaient des aboiements, de sa prise mortelle saisissait l'abattement,

Ils n'étaient plus que six, luttant contre le vice,

Au détour de la sente, apparaissait le camp et son ambiance démente,

Ils n'étaient plus que cinq, luttant contre le fer ou bien le zinc,

La marche ne les ayant pas achevé, c'est donc sur les barbelés qu'ils s'en allaient crever,

Ils n'étaient plus que quatre, luttant contre l'âtre,

Des gardiens sans vergogne, une vague odeur de charogne,

Ils n'étaient plus que trois, luttant contre l'effroi,

Des paillasses miteuses et une soupe adipeuse,

Ils n'étaient plus que deux, luttant contre les dieux,

Pas même envisagés comme des hommes, sur leurs membres s'étalaient des hématomes,

Il était seul, luttant dans son linceul,

Traités comme la vermine, l'esprit perdu le corps en ruine,

Maintenant il n'en reste plus un et personne ne se souvient,

Ce poème est pour toi condamné du goulag qui est mort sans une vague !

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